| [ Lundi 26 juillet 2010 ] |
par Thomas Debelle |
48 % des jeux PC vendus le sont en ligne !
Une récente étude du NPD Group démontre que 48 % des jeux PC vendus aux Etats-Unis durant l’année 2009 ont été acheté en ligne, soit 21.3 millions de titres téléchargés légalement. Pour autant, cela ne signifie pas que l’industrie du tout dématérialisé est un nouvel eldorado, car au final ces 48 % ne représentent réellement que 36 % de la valeur du marché, étant donné que les jeux en ligne sont vendus moins chers qu’en boutique.
Parmi les grands gagnants de cette tendance, nous retrouvons Blizzard.com, Electronic Arts, Direct2Drive, et Steam qui truste 70 % des ventes à lui seul ! Les explications de cette embellie sont multiples : disponibilité immédiate et à toutes heures, prix attractifs, large choix de titres, possibilité de jouer à un même jeu sur plusieurs machines équipées d’un compte commun, sans avoir besoin de passer par un support physique. Evidemment, une telle étude relance le débat sur la dématérialisation complète des jeux vidéo, une éventualité que plébiscitent de nombreux éditeurs, espérant ainsi court-circuiter le marché de l’occasion qui ne leur rapporte rien, contrairement aux boutiques spécialisées dont c’est finalement la vraie source de revenus.
En effet, le gros avantage de l’achat en ligne est qu’il interdit toute possibilité de revente d’un jeu sans contraindre son propriétaire à revendre dans le même temps le compte utilisateur associé. A titre d’exemple, si vous achetez un jeu sur la plateforme Steam, ce jeu est définitivement lié à votre compte Steam. Si vous souhaitez revendre ce jeu par la suite, vous devrez céder votre compte, ainsi que tous les jeux qui y sont attachés. Cette pratique permet de mettre un terme au système de l’occasion. Grâce à lui, les joueurs pouvaient se procurer un titre à moindre coût, auquel avaient déjà joué plusieurs joueurs avant eux. Dès lors, le nombre de jeux vendus neufs – et donc à même de rapporter de l’argent aux éditeurs et développeurs – est moins important puisqu’il est possible d’acquérir un titre par le biais de l’occasion.
Avec la dématérialisation, et l’association d’un jeu avec un compte, les joueurs qui souhaitent pratiquer un titre doivent l’acheter au prix du neuf, ou attendre une promotion quelconque ou sa dépréciation (ce qui implique plusieurs mois de patience après sa sortie). Dans tous les cas, éditeurs et développeurs touchent une rémunération sur ces ventes, rémunération inexistante sur le marché de l’occasion tel qu’il est pratiqué en boutiques ou en ligne sur les sites de ventes entre particuliers.
Alors ces 48 % sont-ils la première étape vers la fin des magasins spécialisés mondiaux ? Nous dirigeons nous vers un temps où il ne sera plus possible d’acheter un jeu en boite ? Doit-on se préparer à un monde où tout ne sera que numérique et à usage unique ? Autant de questions auxquelles nous serions tentés de répondre « oui » et « non ». L’échec de la PSP Go en tout numérique tend à démontrer que les joueurs ne sont pas encore prêts à investir dans une machine qui ne pourrait gérer que du contenu téléchargeable, non revendable, et numérique. Pour autant, la simplicité d’utilisation offerte par les boutiques en ligne est un atout en faveur de la dématérialisation.
Reste que pour cela fonctionne réellement, il faudrait des prix très nettement inférieurs (ce qui est possible puisque presque plus d’intermédiaires entre joueurs et développeurs) ; la possibilité de revendre un jeu acheté, repris sous la forme d’un bon d’achat par exemple (ce qui évite le marché de l’occasion tout en permettant aux joueurs de faire des culbutes financières favorisant un marché plus dynamique) ; et enfin une évolution des mentalités des joueurs, car si les casuals gamers consomment le jeu vidéo de manière détachée, le plus gros des joueurs entretient avec le support physique (disque, boite, notice), un lien profond qu’il sera difficile de défaire. Mais il faut s’attendre, malgré tout, à une évolution de plus en plus rapide du marché du jeu vidéo dans les années à venir, qu’on le veuille ou pas !