[ Lundi 30 août 2010 ] par Thomas Debelle
Eric Walter entre dans l’arène Hadopi
   
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Après des mois de débats aussi enflammés que grotesques par moment, la loi Hadopi devrait être mise en œuvre dans les semaines à venir. Eric Walter, secrétaire général de la Haute Autorité pour la Diffusion des Oeuvres et la Protection des droits sur Internet (Hadopi donc), était l’invité du site La Tribune à l’occasion d’une discussion avec les internautes. Le site, littéralement pris d’assaut, a été le théâtre d’un échange vif durant lequel Eric Walter a passé son temps à défendre une loi très controversée et sujette à de nombreuses questions. Ces dernières s’articulaient, en grande partie, autour de la riposte graduée, son fonctionnement, sa faisabilité, et ses dérives possibles. Concernant la gestion de plusieurs milliers de dossiers par jour, Eric Walter a souhaité réaffirmer que tout serait d’une grande fluidité et que « si ce sont bien les seuls 3 magistrats qui délibéreront, ils seront assistés dans leur mission par tout un département. D'autre part, et surtout, il faut bien avoir à l'esprit qu'il ne s'agit absolument pas de condamner un maximum d'internautes, il s'agit au contraire et tout au long de la procédure de la réponse graduée de faire en sorte que les internautes reviennent à une pratique plus responsable de l'internet et de la consommation d'œuvres culturelles sur internet. Enfin, et c'est essentiel, la CPD ne condamne pas. Elle transmet au juge qui, lui seul, peut prendre une décision. » Quand on sait que la machine Hadopi pourrait générer plus de 125 000 dossiers par jour, on se dit quand même que la fluidité seule ne suffira pas, et que les erreurs risquent d’être aussi nombreuses que gargantuesques. Pourtant Eric Walter reste confiant, rappelant que la loi n’a pas pour vocation « de "punir" les internautes », qu’il « ne s'agit pas de surveillance », et même qu’il n’est pas question « d’imposer » (ça sert à quoi alors ?) Sur la question du déplacement du piratage des réseaux P2P vers le téléchargement direct ou le streaming, là encore les réponses sont pour le moins nébuleuses. Ainsi Eric Walter précise être conscient « qu'il y a une évolution, de là à dire que c'est prouvé par les stats ou que ça tient à Hadopi il y a un grand pas que je ne franchis pas. Je crois que la première chose qui peut inverser la tendance c'est d'arrêter d'affirmer que les œuvres sont en self service gratuit. C'est la base du problème. » Et si on ajoute le développement des réseaux d'amis à amis chiffré du type SocialVPN, le malaise est encore plus grand et entraîne une réponse laconique : « J'affirme que la loi n'a pas posé de limite de réseau, c'est tout. Je ne crois pas vraiment qu'un chat soit le lieu idéal pour engager un échange technique sur ce genre de sujet. » Concernant le recours en référé déposé par FDN, qui sera examiné le 8 septembre par le Conseil d'Etat, il n’affecte en rien le calendrier de l’Hadopi : « Nous attendons les résultats de la procédure en confiance et ne modifions pas notre calendrier dans cette attente. » Enfin lorsqu’Eric Walter est interpellé à propos des différents FAI qui ne semblent pas tous désireux d’avancer en même temps sur la question, ce qui pourrait faire craindre une application de la loi plus ou moins rapide selon l’opérateur chez qui se trouve l’internaute, le secrétaire général affirme qu’il n’y a « aucun risque. La loi s'applique à tous. Les dialogues portent uniquement sur l'interconnexion avec les opérateurs ayant manifesté leur volonté de s'interconnecter avec le SI de l'Hadopi. », ajoutant que « les FAI discutent avec le gouvernement de cette question. Moi, à l'Hadopi, j'observe simplement que ces discussions n'impactent aucunement le travail qu'on conduit avec les FAI. » Au final, il n’est pas question de surveiller, de traquer, de punir, d’imposer et de se tromper si l’on en croit ce bel exercice de communication 2.0. Cependant les questions soulevées par l’Hadopi sont nombreuses, toujours sans réponse pour la plupart, et il faudra attendre le lancement officiel de la machine pour en découvrir les premiers travers. Si le gouvernement ne semble pas vouloir reculer, l’importance des connexions sur le site de La Tribune lors de cette discussion, les innombrables commentaires qui fleurissent aux quatre coins du web, et les problèmes inévitables engendrés par la loi démontrent l’intérêt de la population pour le sujet. Voilà qui risque fort de coûter cher à l’Hadopi, à l’heure où nos dirigeants sont au plus mal dans les sondages et s’attendent à une rentrée musclée et revendicatrice.


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