| [ Lundi 25 août 2008 ] |
par Guillaume Louel |
IDF 2008 : Un point sur la recherche
Les keynotes dédiées aux efforts de recherche d’Intel sont généralement passionnants. Après deux épisodes dédiés à la grandeur des réseaux sociaux et de « jeux » comme Second Life, Justin Rattner, le Chief Technical Officer d’Intel s’est repris pour proposer une présentation d’une grande qualité.
Premier point au programme : les technologies de gravures. Depuis une quinzaine d’années, tout le monde prédit la fin de l’industrie des semi-conducteurs telle que l’on la connaît, à cause des barrières de la physique (il est difficile de réduire les transistors quand à l’intérieur certaines parties ont une largeur d’une poignée d’atomes). Premier point, le 32 nanomètres est déjà prêt sur le papier et utilisera la technologie high-k mise au point pour le 45 nm (la technologie actuelle).

Pour le 22nm et le 16 nm, Intel envisage plusieurs idées, la première étant la technologie Tri-Gate (envisagée selon les informations que nous avons recueillis pour le 16nm). D’autres sont évoquées comme les nanofils, un autre mode de création de transistors en 3 dimensions que les tri gates, les interconnexions optiques (pour rejoindre plusieurs puces plus petites pour en créer une grosse par exemple), des barrières en cuivre, de nouvelles méthodes pour créer de la mémoire plus compacte, ou enfin des nanotubes en carbone. Cette dernière voie est envisagée pour remplacer totalement le silicium lorsque celui-ci ne sera plus efficace. Le silicium, sous diverses formes, semble encore valable pour les 10 prochaines années, c’est le message que l’on pouvait retenir.

Autre avancée proposée, la transmission de courrant sans fil. Comme son nom l’indique, l’idée est de pouvoir charger à distance, sans fil et sans contact des périphériques comme des ordinateurs portables par exemples. Intel a fait la démonstration d’une ampoule de 60 watts alimentée à une distance d’une trentaine de centimètres. D’après une discussion sur le sujet avec Justin Rattner, la transmission d’énergie sans fil apporte, dans la technologie démontrée, une perte de « seulement » 25%. Réduire la taille du récepteur à placer dans les appareils est le premier challenge. Pour ce qui est des émetteurs, la taille n’est par contre pas forcément un problème, en fonction de la distance, Justin Rattner évoquait des mûrs ou des tables transmettant l’énergie sans fil. La technologie devrait voir d’autres évolutions intéressantes dans les 5 prochaines années.


Du côté de la robotique, autre champ d’application souvent évoqué par Intel, nous avons eu droit à quelques informations sur leurs progrès dans le monde des capteurs. Une démonstration d’un bras mécanique était faite. Nous avions déjà vus ce bras capable d’un toucher « naturel » (il attrape des fruits sans les écraser) en début d’année en Chine lors de l’IDF printanier. La différence principale tenait dans un capteur de champ électrostatique pour pouvoir « observer » les objets avant de les prendre en main et améliorer la rapidité. D’autres avancées ont été faites du côté de la programmation du bras avec la simulation de l’élasticité dans les différents membres. Au lieu d’utiliser des ressorts ou autres méthodes, le comportement d’élasticité était ajouté de manière totalement logicielle. Amusant.


Pour ce qui est des interactions homme machine, il y a toujours beaucoup de questions qui se posent. Une chose semble à peu près sure, de Microsoft à Intel, tout le monde est d’accord pour prédire la disparition des claviers et des souris. Une alternative amusante était montrée avec une interface neurale. Il s’agit d’une bande de capteurs que l’on place sur la tête et qui est capable de lire certaines « pensées ». Dans la pratique, il s’agit d’un procédé assez semblable à la reconnaissance vocale d’un téléphone portable. Il ne comprend pas réellement ce que vous dites, il tente juste de comparer si le nom que vous avez prononcé ressemble à un nom préenregistré. Le concept est ici similaire avec les interfaces neurales qui comparent les zones actives du cerveau à des activités préenregistrées. Une petite démonstration à eu lieu sur scène, à peine plus convaincante qu’une technologie similaire que l’on avait vue au CeBIT sur le stand d’OCZ.

Il y a quelques temps, Intel avait effectué une démonstration de petits robots formant ensemble une matière virtuelle, sorte de pâte à modeler digitale (en anglais, Claytronics) ou chaque petit bloc serait équipé d’un processeur fonctionnant à la fois seul tout en ayant une « conscience » de groupe. De gros progrès ont été faits sur le sujet, on pouvait voir ce qui est désormais appelé un Catom (Claytronics Atom) dont la taille se comptait autour d’un millimètre. Un gros progrès quand les prototypes précédents faisait la taille d’une balle de tennis.
Toutes les technologies évoquées, vous l’aurez peut-être remarqués, avaient un point commun. Justin Rattner a en effet évoqué une question quasi philosophique, ce que l’on appelle la singularité : le moment ou l’intelligence d’une machine sera équivalente (et dépassera) celle d’un être humain. Pour la plupart du grand public, la chose semble piquée d’un scénario de film comme les Terminator. Dans le monde de la recherche sur l’intelligence artificielle, les avancées successives dans la recherche sur le fonctionnement du cerveau semblent montrer que même des choses qui semblent « impossibles » à une machine (la créativité, l’inventivité, l’art, etc…) sont émulables avec des avancées dans le monde du stockage de l’information, de capacité de « calcul » (data mining) et surtout de reconnaissances de données et de situation similaires (les réseaux neuronaux). Si l’on admet que la chose est possible (ce qui peut choquer, on vous l’accorde), d’après Justin Rattner, la singularité est envisagée aux alentours de 2050. Et à la question de savoir s’il souhaiterait ou non que ses « pensées » soient transférées dans une machine pour vivre au-delà de sa vie « physique » (une chose qui serait théoriquement possible une fois la singularité atteinte), le CTO d’Intel se sera contenté de trouver la possibilité positivement intrigante.
