C’est hier soir qu’Apple a dévoilé sa stratégie pour le développement d’applications tierces pour son iPhone. Il a fallu un peu de temps avant que cela ne devienne possible officiellement, le nouveau venu dans le monde des téléphones portables cherchait en effet une approche originale à différents problèmes. Le premier est celui de la sécurité des machines : il faut trouver un moyen d’éviter les virus/spam/dialers et autres choses pour l’instant assez peu répandues dans le monde des Smartphones, mais qui pourraient le devenir vu le succès de la plateforme d’Apple. L’autre était de ménager les désidératas des opérateurs de réseaux téléphoniques qui ne veulent pas voir une explosion des données « DATA » qui circuleraient sur leur réseau.
Avant de rentrer dans les détails du SDK, parlons de la version 2.0 du firmware de l’iPhone qui ajoute des fonctionnalités bienvenues pour les entreprises. On trouve dans le lot la gestion des serveurs Exchange avec le support des fonctionnalités Active Sync (gestions des contacts, calendriers et du Push mail inclus). On trouve aussi la gestion des VPN IPsec Cisco, indispensable pour nombre d’usages en entreprise. Cette version 2.0 intègre aussi une fonctionnalité dite de « remote wipe » qui permet d’effacer à distance toutes les données sur un appareil, idéal en cas de vol.
Pour ce qui est du kit de développement, il est disponible gratuitement, à compter d’aujourd’hui sur le site d’Apple (un compte Apple Developer Connection, gratuit, est nécessaire). Il s’agit d’un kit de développement assez classique pour ce genre de machines, à savoir que le développement se fait sur un Mac (Intel uniquement) avec les outils de développement classiques de la plateforme (Xcode, le tout en Objective C), le tout fonctionnant dans un émulateur (c’est ce dernier qui impose l’utilisation d’un Mac Intel). Le développement de logiciels sur les plateformes Symbian est identique (a part que les PC sous Windows permettent aussi le développement…).
Apple a déjà distribué des préversions de ses kits de développement depuis de longs mois à certains partenaires clefs comme Electronic Arts. Durant la conférence de presse, EA a fait la démonstration d’une version « mobile » de Spore, le jeu très attendu de Will Wright qui aurait été développé en 2 semaines. Bien que l’on ne remette pas en cause la durée de ce développement précis, on peut vous dire que selon nos informations, EA dispose de préversions de ce SDK depuis plusieurs mois et a eu le temps de se familiariser avec. Chez Sega, c’est une démonstration de Super Monkey Ball, jouable à l’accéléromètre qui est mise en avant.
Le message commun des deux éditeurs de jeux est de dire que l’iPhone n’est pas un téléphone classique, qu’il est plus proche d’une console (!) et que l’on aura droit à autre chose qu’aux classiques « jeux pour portables ». On imagine qu’ils parlent des portages à la va vite dont le seul but est de rapporter de l’argent en capitalisant sur des franchises PC et console…
Le développement d’application est ouvert à tous (ceux qui possèdent un Mac Intel), le SDK étant gratuit. Pour ce qui est de la distribution des applications, cela risque d’être un peu plus compliqué puisqu’Apple veut effectuer un contrôle : seules les applications qui répondent aux critères de sélection de la marque auront droit d’être présents sur l’App Store, application iPhone qui permettra de télécharger en ligne ses applications. Un même store sera présent dans iTunes également. Pour ceux qui ont « jailbreaké » leur iPhone, la chose n’est pas sans rappeler « Installer », puisque l’on retrouve les mêmes fonctionnalités, mises à jour automatiques comprises. Une telle plateforme n’est pas inintéressante, loin de là. Ce qui nous pose problème, c’est qu’il s’agira du seul moyen (officiel) d’installer une application. Apple souhaite garder un contrôle total de sa plateforme, ce qui ne nous réjouit pas vraiment. On est loin de l’ouverture des plateformes Symbian ou même Windows Mobile. Pour avoir droit de voir sied ses applications sur l’App Store, il faudra en prime s’acquitter d’un droit d’entrée de 99 à 199 euros selon le type de développeur.
Toutes les applications présentes sur le store ne seront pas forcément payantes, on pourra en trouver de gratuite, là encore, tant qu’elles conviendront aux critères de sélection d’Apple. Typiquement, une application de VoIP n’aura pas le droit d’utiliser le réseau Edge (ou futur 3G de la prochaine révision) de l’iPhone, uniquement le WiFi. Pour ce qui est des applications payantes, Apple prendra 30% du montant (qui lui est fixé par le développeur) pour couvrir les frais de distribution, paiement (transactions par cartes, etc.) et promotion des logiciels. 70% iront au développeur par un système de paiement mensuel. Pour Steve Jobs, le deal est identique à celui passé pour la distribution de musique sur iTunes.
S’il y a de bonnes idées dans l’approche d’Apple pour ce SDK et si l’on apprécie les (maigres) efforts d’ouverture, on ne peut qu’être déçus devant l’aspect fermé de ce SDK qui empêchera l’installation manuelle par un utilisateur d’une application qui ne conviendrait pas aux « critères de qualité » d’Apple. C’est d’autant plus décevant qu’il existe déjà une communauté de développeurs autour de l’iPhone qui n’a pas attendu après Apple pour créer son propre kit de développement, utilisant lui aussi Xcode et les mêmes API. Le fait que le firmware 2.0 ne soit distribué qu’à des partenaires « sélectionnés » par Apple avant le mois de juin (date de sortie pour tout le monde du dit firmware) continue de biaiser la donne auprès des développeurs indépendants au profit de gros studios. On attendait mieux de la part d’Apple.