[ Dimanche 23 novembre 2008 ] par Isabelle Boucq
Les chercheurs de l’Inria inventent notre quotidien de demain
   
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Présentation



Tahiry Razafindralambo et Thomas Soete sont des scientifiques abordables et enthousiastes qui adorent parler de leur travail. Le premier est chercheur, spécialiste des réseaux sans fil et des petits objets nomades, au sein de l’équipe-projet POPS de l’Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique). Le second est un jeune doctorant dans cette même équipe basée à Lille et regroupant deux autres partenaires scientifiques.

L’équipe POPS entretient aussi des liens avec des industriels (Décathlon, Auchan, Gemplus,…) au sein d’un pôle de compétitivité. Ces structures créées au début des années 2000 regroupent sur un territoire géographique des entreprises et des centres de recherche qui travaillent ensemble autour de projets innovants sur un marché particulier.

Ces précisions dressent le décor : les chercheurs ne travaillent pas dans une tour d’ivoire. Ils s’associent avec d’autres laboratoires dans leur domaine de recherche – même si l’esprit de compétition entre équipes et entre pays fait aussi partie de la réalité – et ils sont partenaires avec des industriels pour que leurs recherches débouchent un jour sur des produits concrets. Dans le jargon de l’innovation, c’est ce qu’on appelle la valorisation de la recherche.

Organisé autour de plusieurs thèmes, le stand de l’Inria présentait des projets particulièrement parlants qui pourraient, à plus ou moins courte échéance, prendre forme dans notre vie quotidienne.

POPS et l’épicerie du futur


(c) Inria
POPS ? L’acronyme signifie Petits Objets Portables et Sécurisés, le sujet de prédilection de Tahiry. Vous avez peut-être déjà entendu parler de la RFID (Radio Frequency IDentification ou Identification par Radio Fréquence en français). En résumé, il s’agit d’attacher à des objets une étiquette ou tag qui contient une puce et une antenne. Cette étiquette renferme des informations diverses qui peuvent être déchiffrées par un lecteur spécial. Dans le cadre du développement de la RFID, l’équipe POPS se spécialise dans la communication entre la puce et l’antenne.

Dans l’épicerie et le supermarché du futur, tous les produits sur les rayons seraient équipés d’une étiquette RFID qui remplacerait le bon vieux code barre et stockerait beaucoup plus d’informations (ingrédients, date limite de consommation, information liée à la traçabilité,…). « On pousserait un caddie équipé d’un lecteur », explique Thomas. « D’un côté, on aurait une liste de courses créés sur le PC à la maison ou sur le PDA et qui s’afficherait sur l’écran du caddie. De l’autre, chaque produit posé dans le caddie serait enregistré. On pourrait fixer des règles comme « je suis allergique au gluten, préviens-moi si un produit en contient ».

Encore plus poussé, on pourrait envisager des ramifications à domicile. « Tous les fabricants d’électroménager travaillent sur des prototypes de frigo avec lecteurs. On pourrait ainsi être alerté quand un produit est presque périmé. Plus tard, on pourrait imaginer des frigos et des placards qui passent commande en ligne quand les réserves baissent, » avance Thomas.

Alors, qu’est-ce qu’on attend ? Les étiquettes RFID coûtent environ 10 centimes d’euros, ce qui est beaucoup. Elles sont également lourdes et polluantes. Parmi les pistes de recherche, l’intégration de l’étiquette directement dans le paquet et le développement d’une encre électromagnétique qui serait moins polluante, moins chère et plus facile à intégrer.

Décathlon a déjà commencé à équiper ses produits, comme les chaussures qui ont des étiquettes intégrées dans la semelle. Pour l’instant, elles font uniquement office d’antivol. Même chose à la Fnac qui intègre un dispositif antivol sur certains produits.

(c) Inria
Implanter des puces RFID dans les produits de grande consommation pose quelques questions d’éthique auxquelles les chercheurs ne sont pas insensibles même si le débat pour résoudre ces questions n’est pas de leur ressort. Il faudrait que certaines informations soient désactivées au moment du passage en caisse. Par contre, d’autres informations auraient intérêt à rester stockées. Exemple, celles qui permettraient de remonter à un lot de produits en cas d’alerte sanitaire.

D’autres enjeux sont de l’ordre de la politique internationale. « Chaque puce a un identifiant unique. Toutes ces informations étaient gérées aux Etats-Unis », explique Tahiry. « On a réussi à imposer aux Etats-Unis de nous laisser gérer nos propres puces et on travaille sur ce projet en ce moment. »

Entre recherche purement technique, communication avec l’univers des chercheurs pour trouver des synergies, liaison avec les industriels et course à la commercialisation, le travail des chercheurs et des chercheuses (POPS est une des rares équipes à respecter la parité homme-femme selon Tahiry) n’est pas monotone.

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