| [ Jeudi 6 septembre 2007 ] | par Guillaume Louel |
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A peu près tous les superlatifs ont été utilisés pour parler des Core 2. Peut-être un peu trop, mais il faut dire que ces processeurs sont arrivés à une époque charnière. Intel avait misé beaucoup sur l’architecture Netburst qui propulsait les Pentium 4 et Pentium D. Au-delà de ses mérites techniques, Netburst avait ceci de particulier qu’elle reposait sur un paradigme marketing.
Avec le Pentium III, Intel était pris dans une course à la vitesse avec AMD. Alors qu’AMD jouait jusqu’ici les seconds rôles en proposant des processeurs compatibles avec les cartes-mères utilisées par Intel, le constructeur avait décidé l’émancipation en s’offrant le bus EV7 d’Alpha. Malgré un support plutôt lent des constructeurs de cartes-mères (Asus vendait les siennes en boite blanche, sans indication de la marque sur la carte par peur de « représailles » sur les livraisons de chipsets de la part d’Intel), AMD a fait son trou. Pire, la marque s’est lancée dans une course à la fréquence avec son concurrent, passant le premier la barre du GHz. Intel rétorquera avec des puces à 1.13 GHz en petite quantité mais la majorité d’entre elles étaient instables.

Netburst était une conséquence de cette guerre : miser tout sur la fréquence, quitte à laisser passer au second plan les performances pures. Le pari aura tenu un temps avant de se retourner contre le constructeur. Pour que Netburst puisse continuer à monter en puissance, il fallait pouvoir continuer à augmenter la fréquence. La physique de la photolithographie en aura voulu autrement. Le Pentium 4 et son successeur double cœur (le Pentium D) n’auront jamais pu passer la barre des 4 GHz, tous les « nous avons passé les 10 GHz en laboratoire » n’y auront rien fait.
L’architecture Netburst était profondément dans l’impasse, alors que pendant ce temps, les choses allaient plutôt bien pour AMD. L’Athlon fut suivi par l’Athlon XP qui aura réussi à résister sur le plan des performances face au Pentium 4. Mieux, aux alentours de l’année 2000, AMD finissait ses plans pour une technologie 64 bits. Avec une idée en tête : permettre de passer la barre des 4 Go de mémoire adressable (dans la pratique c’est même un peu plus complexe puisque les périphériques PCI/PCI Express doivent « mapper » leur mémoire dans ce même espace de 4 Go). Intel dira qu’AMD s’est lancé trop tôt dans la course et qu’il n’était pas nécessaire de passer de suite au 64 bits avant d’abdiquer. L’AMD64 sera adaptée, bon gré mal gré, par un Intel mécontent qui clamera même l’avoir inventé. L’égo…
Utile ou pas, la technologie 64 bits sera l’une des fondations de l’Athlon 64 (lancé en 2003) et probablement la plus belle réussite technique d’AMD qui verra ses parts de marché augmenter fortement face à son concurrent de toujours. Il sera suivi par l’Athlon X2 en 2005, version double cœur. C’est vers cette période que les problèmes d’AMD ont commencé. Le passage à la mémoire DDR2 s’est fait dans la douleur en 2006, n’apportant aucun gain de performances, la faute à un contrôleur mémoire trop taillé pour les basses latences et incapable de compenser la forte latence de la DDR2.
La plus grosse erreur tient probablement dans la genèse de l’après Athlon 64 (K8). Après plusieurs projets ambitieux baptisés K9, AMD déclanchera le projet K10, un processeur qui devrait voir le jour le 10 septembre prochain dans sa version serveur (Opteron 64). Entre temps, AMD a joué de malchance puisque sa technologie de gravure en 65 nanomètres a eu un démarrage difficile. Elle n’a pas permis une montée en fréquence qui aurait pourtant été bien utile pour continuer de rendre compétitifs ses Athlon X2. Résultat, AMD s’est servi de sa technologie de gravure pour maximiser la production de ses puces « milieu de gamme ». Il faut dire qu’entre temps, AMD a réussi à récupérer deux constructeurs qui jusque-là étaient pleinement acquis à la cause d’Intel : HP et Dell.
Malgré tout cela, le K10 aurait dû être lancé au début de l’année 2007 pour répliquer au lancement des Core 2. Malheureusement pour AMD, les choses ne se sont pas passées comme prévues. Il faudrait également rajouter le rachat d’ATI à la liste des choses qui ne se sont pas passées comme prévues. Avaler une société de la taille d’ATI, pourtant très profitable, n’est pas facile dans une industrie des semi-conducteurs ultra concurrentielle. En additionnant tout cela, AMD aura loupé une possibilité en or massif de capitaliser sur le succès de ses Athlon 64 pour concurrencer les Core 2.
| Un vent d’air frais | > |







