| [ Vendredi 23 novembre 2007 ] | par Guillaume Louel |
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Avec une genèse aussi compliquée, peut-on vraiment en vouloir au Phenom d’être là où il est sur le plan des performances ? Nous l’avons vu au long de nos benchs, l’écart architectural entre le K8 et le K10, a nombre de cœurs et fréquence égale varie entre 3 et 30% selon le type d’instructions utilisés et l’utilisation faite de la mémoire. C’est un pas en avant intéressant, et qui mérite d’être salué. C’est fait.
Ce n’est pas de ce côté que le Phenom pêche. Ni du côté de l’apport des quatre cœurs. Ces derniers ne font pas de magie dans les applications monothreadées, ou peu threadées comme le sont les jeux. Dans ces cas, multiplier les cœurs n’apporte strictement rien. AMD n’y est pour rien, le comportement est identique chez Intel. On ne peut reprocher à AMD de ce côté qu’a pousser, un peu bêtement, sa plateforme Spider comme une plateforme de jeu idéale. Sans fréquence, c’est peine perdue pour contrer les Core 2 Duo d’Intel.

Le plus gros défaut du Phenom se situe dans son procédé de fabrication. Nous avons été muets jusque là sur le sujet du 65 nanomètre d'Intel, c’était pour mieux nous réserver pour ceci. Un nouveau procédé de fabrication a, pour simplifier, deux intérêts. Le premier est d’augmenter le nombre de puces quel ‘on peut produire par wafer (les galettes de silicium). Le second est de faire monter en fréquence plus facilement ses puces.
Le premier avantage a été pris en compte par AMD qui s’est servi du 65 nm pour booster ses capacités de production et livrer ses clients OEM (Dell et HP) qui n’ont pas la même patience que le channel. Pour la montée en fréquence, AMD répondait en disant que si leurs cœurs Brisbane ne montaient pas plus haut en fréquence (pour rappel les Athlon X2 les plus rapides du constructeur, 6000+ et 6400+ cadencés à 3 et 3.2 GHz), c’était par choix et non par manque de savoir faire. Les prestations en overclocking des cœurs Brisbane démentait cette affirmation, et la sortie du Phenom aujourd’hui va dans le même sens. Il est tout de même surprenant que, quatre années après le lancement des Athlon 64 à 2.2 GHz pour leur fréquence maximale (FX-51), AMD ne propose son Phenom qu’a 2.3 GHz dans sa cadence maximale. Malgré le fait qu’AMD ait utilisé deux procédés de fabrication entre temps (lancement en 130nm , puis 90 et 65 nm aujourd’hui).
On peut bien sur trouver des excuses, AMD aurait détecté en dernière minute un bug au niveau des TLB (Translation Lookaside Buffer, un buffer permettant d’accélérer la gestion virtualisée de la mémoire). Un « bug » à cet endroit a été évoqué. Il est probable qu’il s’agisse d’un problème d’échauffement à cet endroit précis de la puce qui empêcherait la montée en fréquence. La conséquence de ce bug est la suppression dans un premier temps du modèle 9700 cadencé à 2.4 GHz. Un principe de précaution que l’on salue, reste que l’on est dubitatif sur le fait qu’il n’apparaisse pas sur les fréquences inférieures. Nous avons, lors de nos tests, essuyé un nombre assez élevé de plantages semblant liés à la mémoire. Sur des barrettes que Memtest aura jugés irréprochable sur plusieurs plateformes. Cette photo prise sous le benchmark CPU de 3D Mark où la carte graphique n’interfère pas nous a quelque peu troublé.

Un second essai sur le même bench aura provoqué un plantage pure et simple. Si l’on ajoute l’affinité particulière aux barrettes de mémoire que nous avons relevés, nous préférons conseiller aux acheteurs potentiels d’attendre, si ce n’est une investigation plus poussée de notre part, une révision B3 du Phenom. Génération désenchantée le Phenom ? Pas forcément, derrière cet ouragan qui est passé dans nos laboratoires, reste le potentiel d’une architecture qui pourrait proposer des performances correctes, presque au niveau d’une gamme Core 2 6000. Ce qui n’est pas une prestation facile. AMD y arrivera, c’est certain, mais il faudra pour cela que de bonnes décisions soient prises.
Tout d’abord sur la rapidité de réaction. Il est anormal qu’après un an de retard, ce genre de bug empêchant la montée en fréquence soit encore présent. AMD doit réagir et rapidement atteindre les 3 GHz s’il veut rester dans la course. Il faut ensuite agir vite. Non seulement les Core 2 « Penryn » gravés en 45 nm ont une tendance à dominer les débats avec leurs caches amples (12 Mo de cache L2 sur les quad !), mais en prime la propension à l’overclocking de ces puces a de quoi faire peur (nous avions atteint les 4.33 GHz de manière stable). Coup de chance pour AMD, Intel a décidé de lever le pied, le QX9770 cadencé à 3.2 GHz devrait rester le haut de gamme du constructeur jusqu'à la sortie de Nehalem au milieu de l’année prochaine. AMD aura-t-il réagit d’ici la ?
C’est la technologie de gravure qui aura sabordé le Phenom, et c’est sur ce point qu’il faudra qu’AMD agisse avec pragmatisme. Le « real men have fabs » de Jerry Sanders devrait rester dans la tête d’Hector Ruiz lorsqu’il parle d’un futur AMD « asset light ». En perdant son initiative sur les procédés de fabrication (initiative portée du bout des bras par un IBM qui se livre, avec plus ou moins de succès selon les finesses de gravure, à une guerre par procuration avec Intel), AMD perdrait toute chance de recoller auprès d’Intel sur le plan des performances. Et le passé nous l’a appris, il n’y a que lorsqu’Intel est mis en danger qu’il produit le meilleur de lui-même. L’attitude attentiste d’Intel durant le milieu des années 90, contrôlant de haut le marché, n’est vraiment pas une situation que l’on souhaiterait revivre. Pour que la compétition existe, il faut deux acteurs forts. AMD a prouvé avec le K7 et le K8 qu’ils pouvaient rebondir. En ont-ils l’envie ?
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