| [ Vendredi 23 novembre 2007 ] | par Guillaume Louel |
Vous ne nous en voudrez pas de faire un tout petit peu d’histoire pour mettre en perspective le lancement du Phenom. Au début des années 80, AMD s’est lancé dans la production de processeurs x86 sous licence avec Intel avec des processeurs préfixés par les lettres « am » (am386 par exemple). Suite à des histoires légales avec Intel qui mériteraient un article entier, AMD lancera le K5 en 1996 puis les K6, K6-2 et K6-3 les années suivantes.

Durant ces périodes, AMD a souffert de problèmes de productions, particulièrement du côté de la fabrication. Suivant la phrase clef (« real men have fabs ») de l’un de ses fondateurs, Jerry Sanders, AMD disposait et dispose toujours de son propre arsenal d’usines. Des problèmes de chauffe sur les transistors faisaient que l’on considérait souvent à l’époque le choix d’un K6-2 comme le choix de ceux qui ne pouvaient se payer un processeur à la même fréquence chez Intel, généralement amplement plus chers. Dans ces périodes difficiles, l’action d’AMD courrait entre 6 et 10 dollars (le cours actuel de l’action au moment ou nous écrivions ces lignes le 21 novembre au soir est de $10.83).
C’est en 1999 qu’AMD a lancé une offensive sans précédent face à Intel. Avec un nombre d’employé 10 fois inferieur et des moyens bien moindre, le constructeur a décidé l’émancipation. Fini le temps ou ses processeurs devaient être compatibles broche à broche avec ceux d’Intel, et donc en utiliser les cartes mères et les chipsets. AMD décide de prendre son destin en main et de proposer sa propre interface de connexion au processeur et ses propres chipsets afin de s’éloigner de la « taxe » qu’Intel imposait sur l’utilisation de son FSB.
Le lancement de l’Athlon s’est fait dans la douleur, AMD devant proposer pour la première fois ses propres chipsets développés entièrement en interne (l’AMD 751) avant d’ouvrir rapidement la voie à des partenaires avec des conditions très avantageuses pour eux par rapport à ce que proposait Intel. Les heures de gloire de VIA avec les KX133 et KT133 puis de Nvidia et du Nforce. Les premières cartes mères AMD 751 fabriquées par Asus étaient même vendues dans des boites blanches sans mention de la marque sur la carte, par peur de représailles sur les livraisons de chipsets par Intel.
Avec un procédé de fabrication en 250 nm qui arrivait a maturité et un 180 nm très prometteur, AMD s’est lancé dans une course au MHz avec Intel, avec pour conséquence d’avoir franchi en premier la barre du GHz. Intel, vexé, lancera un Pentium III à 1.13 GHz totalement instable, et retiré (les quelques rares puces vendues) en vitesse du marché. La belle époque durant laquelle l’action d’AMD, bien aidé également par la « bulle » Internet qui a propulsé les valeurs technologiques a dépassé les 40 dollars.
On passera rapidement sur la période de l’Athlon XP pour arriver en 2003 ou AMD décide d’agacer franchement Intel en développant x86-64, extension 64 bits du jeu d’instruction x86 que partagent les deux concurrents depuis des années. Le tout porté par un processeur, l’Athlon 64, qui proposait quelques initiatives intéressantes comme la présence d’un contrôleur mémoire (DDR-SDRAM) intégré. Avant le lancement du K8, l’action d’AMD était retombée très bas, sous la barre des 8 dollars. Les ventes (au compte goutte dans un premier temps) du K8 renverront l’action à 40 dollar début 2006 avant l’annonce du rachat d’AMD. Entre temps, on aura vu le double core et l’arrivée de la DDR2 en mai 2006 (quelques mois avant l’arrivée du Core 2 chez Intel). 2003 a 2006 ont été des années fastes pour AMD qui avait toutes les cartes en main pour continuer à titiller Intel avec des moyens moindres. C’est dans cette période qu’un certain nombre d’erreurs critiques ont été faites.

A commencer par la succession du K8. Le successeur de cette architecture n’arrive qu’aujourd’hui, quatre années après. Entre temps AMD a travaillé sur (un minimum de) deux architectures. La première misait trop tôt sur le multithreading et ne proposait pas un rendement suffisant. Une autre architecture fut également développé durant quelques mois avant d’être abandonné, on sait tout juste qu’elle était trop ambitieuse. C’est probablement l’une des erreurs majeures d’AMD durant cette période ou tout leur semblait acquis, chercher trop compliqué. Pour couronner le tout, des dissensions internes auront poussé l’ingénieur responsable des équipes de design du K8, Fred Weber (alors Chief Technical Officer), à claquer la porte en 2005.
Ou doit-on placer le K10 qu’AMD nous propose aujourd’hui, dans cette myriade d’événements ? Officieusement il s’agissait du plan B au cas où le second projet trop ambitieux d’AMD n’arriverait pas à terme, celui de faire passer l’architecture K8 au quad core.
Terminons sur un graphique qui illustre (assez grossièrement) les fréquences atteintes par les différents procédés de fabrication utilisés par AMD (nous avions réalisés le même graphique pour Intel ici en bas de la page).

Comme vous pouvez le remarquer, le passage à l’Athlon 64 ne s’est pas marqué par une véritable montée en fréquence (contrairement au lancement du Pentium 4 chez Intel), AMD ayant amélioré les performances en augmentant l’efficacité de chaque MHz. On remarquera la stagnation des fréquences relative avec le procédé 90nm qui aura été trainé jusque cette année pour les fréquences les plus hautes, AMD ayant introduit un 6400+ cadencé à 3.2 GHz.
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