E réputation : j’irai tweeter sur vos tombes

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Dans un monde toujours plus connecté, où chacun peut se cacher derrière un pseudonyme pour dénoncer, affirmer ou accuser à visage couvert, gérer sa réputation en ligne devient un enjeu qui dépasse largement le cadre du réseau social. Quand le numérique s’invite dans votre vraie vie, pour le meilleur et pour le pire…

image_1.jpgLe monde est un village… reste à savoir si vous voulez tenir le rôle de l’idiot du village planétaire. En l’espace de quelques décennies, le nombre de gens que l’on est amené à côtoyer, de près ou de loin, a littéralement explosé avec la banalisation des transports à grande vitesse. Mais depuis l’arrivée du net, cette tendance n’a fait que s’accélérer. Rien que sur Facebook, l’utilisateur moyen a 130 « amis ». Parmi les plus jeunes utilisateurs, le nombre d’amis virtuels est un gage de popularité… mais même les adultes cèdent facilement et acceptent souvent en ami quelqu’un qu’ils ne connaissent pas. Avant cela, il suffisait d’une simple rumeur pour que la réputation d’un voisin sans histoire soit à jamais comprise… dans le pâté de maison, ou dans le village. Si les conséquences pouvaient être désastreuses, l’écho s’étendait rarement au-delà du pâté de maison. Mais avec l’avènement des réseaux sociaux, d’une communication débridée, et de l’omniprésence de la photo numérique, gérer sa réputation peut devenir un véritable casse-tête.

Un impact sous-estimé

image_2.jpgFaut-il soigner son image sur le web ? Assurément c’est une image de soi que l’on ne peut plus négligez. Lorsque vous postulez pour un emploi, il est de plus en plus courant que vos interlocuteurs se tournent vers Internet et les réseaux pour obtenir diverses informations vous concernant. Selon une enquête TNS/Sofres, 50% des recruteurs lisent ce que vous avez écrit sur Facebook. Un quart des professionnels de l’embauche ont recours aux réseaux sociaux plus professionnels, comme Linkedin ou Viadeo afin de vérifier les informations du CV, mais aussi de voir si le candidat dispose de références ! On peut toujours négliger cette influence, mais n’est-il pas plus préjudiciable qu’un recruteur ne trouve absolument rien sur vous, plutôt que de tomber sur des informations élogieuses, bâtie sur une solide réputation en ligne ? Chez nos voisins européens, l’utilisation des écrits Facebook dans le processus de recrutement inquiète au plus haut point. En Allemagne, un projet de loi est toujours à l’étude pour interdire aux recruteurs l’utilisation des réseaux sociaux. Pour beaucoup, un profil Facebook est un espace de liberté d’expression privé que seuls les amis peuvent lire. Mais la réalité est toute autre, et on ne compte plus les problèmes professionnels ou personnels (licenciement, divorce, etc.) découlant d’un commentaire trop hargneux ou critique posté à la va-vite sur son mur Facebook ou au détour d’un tweet innocent.

image_3.jpgLa chose à garder en tête à tout moment est que tout ce que vous postez sur Internet est accessible au reste du monde, d’une manière ou d’une autre. Marc Zuckerberg, fondateur de Facebook, avait prévenu : « La vie privée c’est fini ! Sur le web, une information personnelle devient une information publique. ». Nous vous conseillons donc de considérer dans vos publications numériques que tout ce que vous mettez en ligne est à même de tomber dans le domaine public. Donc faîtes plutôt attention à ce que vous écrivez. Dès lors, gérer sa e-réputation commence par appliquer quelques règles simples : n’exprimez que des idées ou des avis dont vous pourrez assumer les conséquences, allez dans les paramètres de confidentialité des services que vous utilisez afin de vérifier que n’importe qui ne pourra pas accéder à vos données et publications privées, et évitez de poster sans réfléchir les photos d’une soirée qui pourraient être mal interprétées ou le résumé d’un week-end débridé entre amis. Ces quelques actions vous éviteront les sorties de route pouvant devenir dommageables. Gardez aussi en mémoire que plus de 90% des internautes considèrent Google comme leur première source d’information !

E réputation : occuper le terrain

image_5.jpgOn pourrait penser qu’il vaut mieux ne jamais s’inscrire sur les réseaux sociaux. Pour autant, ce n’est pas vraiment une solution en soi. En effet, rien n’empêche quelqu’un de mal intentionné d’utiliser votre identité en ligne pour créer un profil Facebook ou Twitter désobligeant. En effet, mis à part l’adresse Email, les réseaux sociaux ne vérifient pas vraiment l’identité de leurs utilisateurs. En revanche, créer un compte a minima peut permettre à vos interlocuteurs de trier facilement le vrai du faux. Tous les réseaux ne sont pas logés à la même enseigne. Notamment, Linked-in ou Viadeo conservent une approche très pro du réseau social, les blagues de mauvais goût et autres diffamations y sont rares. En revanche, on vous conseille de ne pas lier vos différents profils sociaux. Linkedin vous propose par exemple de lier votre compte Twitter à votre CV, de façon à ce que vos tweets apparaissent en mise à jour de profil. C’est une mauvaise idée, car on ne dit pas forcément la même chose sur ces différents réseaux ! Et si on oublie que ce lien entre les réseaux est établi, un faux-pas est vite commis.image_4.jpgPour bien comprendre le mode de propagation d’une rumeur à même d’entacher votre nom, il suffit de prendre quelques exemples. Récemment, le site de vente en ligne La Redoute a fait face à une « bourde » graphique en postant une fiche article montrant des enfants jouant sur une plage, avec en arrière-plan un baigneur nu. Il n’aura fallu qu’une poignée de minutes pour qu’un internaute remarque la chose et le signale à ses amis, pour que la photo se retrouve en tête de nombreux sites et réseaux sociaux. L’entreprise a rapidement réagi, en retouchant la photo et en postant sur sa page Facebook un message d’excuse. Le cliché s’est retrouvé au centre d’une vive controverse, devenant même la risée de la planète Internet au point d’être utilisé comme argument commercial par d’autres entreprises. Autre exemple, celle de cette adolescente de 11 ans qui poste une vidéo dans laquelle elle critique ceux qui ne l’aiment pas, tout en se moquant d’eux. En retour, elle essuie un torrent d’insultes, elle reçoit des mails haineux et sa vidéo fait le tour du web où chacun y va de son commentaire pernicieux. Conséquences ? Une famille en état de siège, une enfant basculant dans la dépression, et chaque tentative de résoudre le problème se soldant par une « nouvelle campagne de dénigrement » sur le réseau. On pourrait encore évoquer les cas de Laure Manaudou ou Kate Moss dont les réputations ont été violement mises à mal après la parution en ligne de photos volées les montrant dans des situations difficiles ou provocantes.

Du statut d’« Employé » à « c’est compliqué »

image_6.jpg65% des internautes sont présents sur les réseaux sociaux et sont donc à priori concernés par les problèmes de réputations en ligne. Du point de vue professionnel, les conséquences peuvent également être dramatique. On a évoqué plus haut l’influence des réseaux sociaux sur l’employabilité. Voici désormais que vos propos en lignes entrent en ligne de compte dans le cadre d’un licenciement ! Là aussi, il faut faire attention à ce que l’on dit sur Internet. Les entreprises sont en effet attentive à leur réputation en ligne et n’hésite pas à sévir. La jurisprudence est encore assez floue en France. Ce que l’on peut dire, ce qu’il est possible de se faire licencier pour des propos injurieux à l’encontre d’une entreprise. Mais récemment, la cour d’appel de Rouen a rendu un arrêt estimant que l’employeur doit établir le caractère public des propos tenus. En d’autres termes, vos propos sont tout aussi importants que vous paramètres de confidentialité !

Corriger le tir

image_7.jpgSi la prudence n’a pas suffi, de plus en plus de sociétés proposent des services pour gérer ou nettoyer une e-réputation. Récemment une compagnie d’assurance a lancé un contrat dont le but est de vous couvrir contre « les dommages d’Internet et de nettoyer les données malveillantes », avec un slogan simple : « Quand votre réputation est salie sur Internet, c’est votre famille entière qui est touchée ». Son principe d’action est de mettre en œuvre divers moyens techniques et juridiques qui permettront de faire disparaître une vidéo ou une photo fâcheuse, et autres propos calomnieux. Les spécialistes de la réputation en ligne s’interrogent sur l’efficacité de la méthode et craignent que l’assurance ne surfe sur une vague de psychose numérique collective. Si la campagne télévisée est volontairement anxiogène, Axa France affirme que « c’est le reflet de la réalité. Ce sont de nouveaux risques. Notre cible c’est vraiment les parents d’adolescents. Quand vous interrogez des parents d’ado qui ont été diffamés sur Internet, vous vous en rendez compte. ». Axa n’est d’ailleurs pas la première société à y avoir pensé puisque SwissLife propose aussi une assurance e-réputation depuis environ un an.

E-réputation : l’agence tous risques

image_8.jpgIl existe des sociétés spécialisées qui prennent en charge votre e-réputation en amont, ou qui interviennent une fois qu’une crise se déclare. Dans le premier cas, les solutions envisagées vont de la création d’un site vous mettant en valeur à la surveillance de ce qui peut se dire ou se montrer sur vous. Dans le second cas, les options sont plus agressives avec la menace d’une action en justice contre la source des maux, ou la technique dite du « baronnage» qui consiste à inonder les réseaux et autres forums de messages positifs qui viendront supplanter les commentaires dégradants. Parmi les agences les plus actives citons Hington Klarsey, qui s’adresse plus spécifiquement aux entreprises ou Reputation Squad qui propose désormais une offre à destination des particuliers. Mais les coûts peuvent rapidement atteindre plusieurs milliers voire dizaine de milliers d’euros. Mieux vaut donc être prudent. Si vous souhaitez connaître votre e-réputation, il vous suffit de faire une recherche sur vous dans Google et de parcourir les deux premières pages de résultats (la plupart des gens ne vont pas au-delà). Si ce que vous découvrez pose problème, alors peut-être devriez-vous envisager de vous attaquer sérieusement à votre e-réputation. Dans le cas contraire, veillez à en prendre soin car désormais vie réelle et vie numérique ne font plus qu’une.

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